La Despedida par la Cie Mapa Teatro

Sortie théâtre colombien.
Places à 5€ pour les membres de ThéâViDa

À la lisière entre réalité et fiction, recourant au multimédia, à l’action plastique et aux installations sonores comme aux formes plus conventionnelles du théâtre, le Mapa Teatro met en scène sa propre vision de ces camps abandonnés par les FARC au lendemain de l’accord de paix. Tels des chercheurs, ils recueillent les empreintes du champ social et politique pour les réinvestir. Quatrième et dernier volet de leur Anatomie de la violence en Colombie, cette « ethno- fiction » dépasse la dimension locale pour interroger la fragilité de la mémoire.

Informations pratiques

Du 28 au 30 novembre 2017 à 20h au CDN humain Trop humain
Durée : 1h
Adresse :
Entrées de 5 à 20€
Places à 5€ pour les adhérents de ThéâViDa pour les représentations des 28 et 29 novembre.

Reportage présent dans le Supplément Inrocks
PLANCHES DE SALUT
Création du MAPA TEATRO, La Despedida explore le thème de la révolution inachevée en Colombie, en plein processus de paix avec les Farc. Reportage à Bogotá, dans ce laboratoire d’artistes qui aspire à réconcilier un pays fracturé.
Quand la grande porte cochère bardée de graffitis du numéro 23-08 de la calle Alegría, dans le centre de Bogotá, s’ouvre dans un grincement sinistre, on peine à croire qu’on a sonné au bon endroit. Il n’y a pourtant pas de doute : “Mapa Teatro, laboratorio de artistas, Colombia, 1984”, indique une plaque discrète sur la partie supérieure du porche en bois clair. Et c’est bien Ximena Vargas, la productrice de la troupe, qui nous accueille à l’entrée. “Ce n’est pas un lieu conventionnel, mais à l’origine, les pièces sont créées ici, pour un public local”, prévient dans un sourire cette artiste-vidéaste affable aux lunettes à branches rouges.
C’est en 2000 que le Mapa Teatro a élu résidence dans cet hôtel particulier décati, qui a hébergé pendant des années un musée des sciences naturelles, puis l’atelier du peintre Rafael Ortiz. Fondé en 1984 par un frère et une soeur helvético-colombiens, Heidi et Rolf Abderhalden, le Mapa cherche alors un endroit pour monter Richard III de Shakespeare. Les arcades imposantes de l’édifice au style antique, ses fenêtres avec balcons et sa cour intérieure couverte offrent un décor naturel circonstancié. Depuis, le collectif artistique transdisciplinaire n’a plus quitté ce QG pittoresque, qui a vu naître des pièces présentées dans de nombreux festivals à travers le monde.

C’est ici qu’en ce mois de juin, sous le ciel gris de la capitale colombienne, les six comédiens répètent leur dernière création, La Despedida (“Les Adieux”), dont la tournée en France démarre les 24 et 25 octobre au théâtre du Carré-Colonnes, dans le cadre du FAB, après une première au Théâtre Vidy-Lausanne.

 

Alors que les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) viennent tout juste de rendre leurs armes à l’ONU après cinquante-deux ans de conflit armé, cette pièce arrive à point nommé. Elle conclut un projet commencé en 2010, intitulé Anatomie de la violence en Colombie. “Il y a trois types de violence dans ce pays : la violence paramilitaire, celle du narcotrafic et celle des mouvements de guérilla”, nous explique Ximena Vargas. Après avoir disséqué les premières dans Les Saints Innocents en 2010, Discours d’un homme décent en 2012 et Los Incontados en 2014, les auteurs se focalisent, dans ce dernier volet, sur la violence révolutionnaire des guérillas marxistes colombiennes. “Comme il y avait des guérillas multiples – M-19, Farc, Armée de libérationnationale… –, on a préféré traiter de l’idée de révolution en elle-même, comme d’un rêve qui ne s’est jamais réalisé”, détaille la productrice dans son vaste bureau au premier étage, dont les fenêtres usées donnent directement sur la scène de répétition.
Plusieurs bustes de révolutionnaires éminents gisent sur le plateau, comme des idoles déchues. Simón Bolívar, Fidel Castro, Che Guevara, Lénine ou encore Marx se côtoient dans ce musée des illusions perdues, tandis que des uniformes de camouflage accrochés à des portants évoquent l’imaginaire de la lutte armée clandestine. Dans le contexte des cent ans de la révolution russe, des deux cents ans de la naissance de Marx et de l’actuel processus de paix en Colombie, la mémoire de ces figures tutélaires est ravivée par les comédiens : “Ces bustes sont aussi des masques que les comédiens vont porter. Ils sont ainsi invités sur scène pour faire leurs adieux à la révolution, à ce rêve qu’ils ont incarné, pour en chercher un autre”, révèle Ximena Vargas.
Comme toujours, le Mapa Teatro pousse la contemporanéité à son paroxysme, faisant du théâtre un laboratoire pour guérir les plaies laissées ouvertes par un conflit qui a fait 260 000 morts, 45 000 disparus et quelque 6,9 millions de déplacés. “C’est difficile d’écrire sur l’histoire en train de s’écrire, mais nous souhaitons construire un espace de dialogue, car nous avons une occasion historique de nous refonder, expose Ximena Vargas. Dans le contexte de la mise en œuvre des accords de paix avec la guérilla, le niveau de violence va baisser, mais elle ne va pas disparaître pour autant, car certains ne veulent pas de la paix.” En dépit des efforts du président Juan Manuel Santos (prix Nobel de la paix 2016), le “non” l’a en effet emporté d’une courte tête lors du référendum du 2 octobre 2016 sur les accords de La Havane, et plusieurs ex-guérilleros ont été tués ces derniers mois après leur sortie de prison.
La réintégration des Farc à la vie civile sera donc au cœur de l’élection présidentielle de 2018 en Colombie, et c’est dans ce contexte que La Despedida y sera jouée après sa tournée française. Dans la pièce, de vieux transistors laissent échapper un appel du prêtre révolutionnaire colombien Camilo Torres, membre de l’Armée de libération nationale (ELN), enregistré sur Radio Sutatenza au début des années 1960 : “Nous devons en finir avec le carnaval et commencer maintenant sérieusement la révolution.” Celle-ci n’aura sans doute pas le visage escompté.
Mathieu Dejean

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